30 janvier 1846

« 30 janvier 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 99-100], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4619, page consultée le 08 août 2026.

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Bonjour mon Toto adoré, bonjour. Comment vas-tu et comment m’aimes-tu ? As-tu pensé à moi, cette nuit, m’as-tu regrettée et m’as-tu plaint ? Je me suis couchée avec la presque certitude que tu ne viendrais pas et mon sommeil s’en est ressenti. Heureusement que voici le jour revenu et je puis espérer te voir d’ici à quelques heures pour employer mon temps le moins tristement possible. Je m’occupe de toi, je pense à toi et je t’aime. Il fait un temps ravissant ce matin, je ne sais pas s’il tiendra. Je pense qu’il serait bien doux d’en profiter bras dessus bras dessous comme deux bons petits amoureux que nous sommes, du moins je parle pour moi. Cependant il n’est guère probable que tu aies un moment aujourd’hui qui ne soit pas impérieusement pris par les affaires. Aussi je ne me fais pas cette joie d’avance pour n’avoir pas le chagrin de la déception tantôt.
Cher petit homme, je voudrais vous voir, je voudrais savoir à quelle heure vous êtes parti et à quelle heure vous êtes rentré hier, ce que vous avez fait, ce que vous avez dit et à qui vous avez pensé. J’ai besoin de vous baiser et de reprendre du courage et de la résignation dans votre sourire. Venez donc bien vite mon Toto, je vous attends avec tout mon amour dehors. D’ici-là je vous aime et reraime de toutes mes forces et de toute mon âme et je vous désire de même.

Juliette


« 30 janvier 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 101-102], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4619, page consultée le 08 août 2026.

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Je t’ai vu mon adoré, mais si peu, si peu que c’est tout au plus si je suis bien sûre de t’avoir vu. Tu devrais bien venir me confirmer par ta présence la trop courte et trop fugitive apparition que tu as faite tantôt. D’ailleurs tu me l’as promis. Il est vrai que tu promets toujours, ce qui ne t’engage à rien, malheureusement. Si c’était moi, je promettrais autant que vous mais je tiendrais dix millions de fois plus, voilà la différence. Il fait un temps exquis et qui me donne une envie atroce de m’en aller vous chercher au hasard avec la confiance que mon instinct ne me tromperait pas et que je vous trouverais. Mais vous n’êtes pas homme à vous prêter à ce genre d’expédition, ce qui fait que je reste bêtement chez moi à vous attendre indéfiniment. Je m’aperçois que je grognonne tout doucettement et que je me laisse aller à mon penchant favori sans pitié pour vos yeux qui doivent êtres fatigués de lire tous les jours les mêmes doléancesa insipides. Voyons, il faut que j’essaie autre chose et que je m’applique à être très aimable. Hum ! Hum ! Hum ! J’ai un mal au pied de chien. Bon ce n’est pas ça. J’ai trouvé deux puces aujourd’hui, ça n’est pas encore assez drôle, cela ressemble un peu trop au billet de Don Carlos. Il fait grand vent et j’ai tué six loups1. Ah ! Tiens décidément j’y renonce, l’esprit n’est pas fait pour moi, je n’en ai pas besoin. J’aime mieux vous dire tout bonnement que je serai d’une humeur massacrante jusqu’à ce que je vous aie revu.

Juliette


Notes

1 Citation de l’Acte II, scène 3 de Ruy Blas. Le roi envoie ce billet laconique à la reine dépitée : « Madame, Il fait grand vent et j’ai tué six loups. »

Notes manuscriptologiques

a « doléences ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.